Dimanche 10 mai 2009

Quelques jours plus tard je passais à la clinique des examens de contrôle. Le médecin m’a annoncé les résultats par téléphone le soir même : « Monsieur C, je vous ai trouvé à nouveau un polype. » C’était une façon détournée de m’annoncer que j’avais une nouvelle tumeur dans le bide. Je faisais une récidive. J’ai eu beau me défendre, lui expliquer que j’avais tout fait comme on me l’avait indiqué, suivi sans broncher les traitements et les contrôles prescrits ; rien ni faisait : j’avais une nouvelle saloperie dans les intestins. Il m’a dit que je pouvais passer quand je voulais à son cabinet, même sans rendez-vous, que je pouvais l’appeler à toutes heures pour parler. J’ai dis « merci » et j’ai raccroché. Je venais de prendre un coup, plus dur encore que la première fois.  L’épée de Damoclès suspendue au dessus de ma tête depuis trois ans, s’était décrochée et abattue sur moi.
J’ai chialé comme un môme, pleuré toutes les larmes de mon corps. J’y croyais à cette rémission, je m’invectivais, me répétais que je devais abandonner mon éternel pessimisme et reprendre confiance, que j’étais trop jeune... Et puis ces médecins qui m’avaient assuré que j’avais toutes les chances de ne jamais plus en entendre parler et tous ceux qui me regardaient confiant, mes parents, mes proches, les amis… Je m’étais surpris, parfois, à les croire. Trois ans à serrer cet espoir comme une rampe d’escalier dans le noir. Et puis voilà, mon pessimisme a eut raison, cette petite voix qui ne me quitte pas, mon éminence grise, a eu le dernier mot.

J’accusais le coup. En un instant cette vie que j’avais commencé à reconstruire autour de moi venait de s’écrouler, balayée, emportée par ces sanglots qui secouaient mon corps comme un grelot et inondait mon visage. Cette tumeur c’était probablement développé alors même que je suivais cette chimio, qui me faisait souffrir pour rien. Elle n’avait eu aucun effet sur moi. J’avais peur. Pour la première fois de ma vie j’étais confronté à l’idée de la mort, ce sentiment qui vous projette dans une dimension inconnu, et vous laisse pétrifié, liquéfié à l’intérieur, à l’aplomb d’un gouffre. Je prenais conscience, me faisais à l’idée que je ne vieillirais pas. Au téléphone les voix se relayaient pour me soutenir, m’assurer de leur total compassion. Je les remerciais. J’étais anéantis. Entre deux coups de fils, mes mains massaient mon visage, étalaient les larmes sur mes joues, comme pour me laver de ce qui m’arrivais. En vain. Je pensais : je vais mourir et je suis frais comme un gardon, quel étrange paradoxe.
Il était temps de sonner le rappelle, de reprendre contact avec ces amis dont je m’étais éloigné, pour des divergences qui me semblaient à présent hors du temps, ou par paresse. Je n’ai encore composé aucun de ces numéros, recopiés au fil de mes carnets d’adresses, mais comme pour la promesse d’une vie qui me semblait toujours à quelque pas de moi.
Cédric était à nouveau si loin et pourtant c’était la seule idée qui scintillait encore dans mon esprit. Il fallait que j’aille jusqu’au bout de ce récit ; dès que j’irais mieux, sitôt le premier choc passé je rassemblerai mes pensées et finirais ce récit tel que je l’avais imaginé en sortant de ce bar.

Par Patinter - Publié dans : Carnet - Communauté : Homo sensualité ..
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