Dimanche 26 avril 2009



















Nous nous sommes rencontré dans un bar en début de soirée. J’étais là depuis quelques instants adossé à une tablette où je posais ma choppe entre deux gorgés, quand j’ai remarqué ce visage tourné vers moi. Ses yeux étaient dans l’ombre mais semblaient me regardé. Je dis bien semblaient… Tout parait incertain dans ces endroits baignés d’une lumière blafarde et puis il y avait d’autres garçons accoudés au comptoir et toutes ces têtes entre nous faisaient comme un écran et m’empêchaient de bien le distinguer. Tout à coup il a pris son verre, posé sur le comptoir et il est venu dans la petite salle où je me trouvais. Il portait un blouson léger en cuir noir et dessous un sweat foncé avec une capuche qui pendait dans son dos. Son jean qui flottait autour de ses jambes laissait deviner qu’elles devaient être bien fines ; ce qui ajoutait à l’envie que ce garçon éveillait en moi. Et puis son visage agréable long et émacié, ses joues couvertes d’une barbe de deux jours, ses cheveux châtains coupés court dressaient de lui le portrait d’un petit mec sans manière, nature, comme je les aime.

Ce visage ne m’était pas inconnu, mais Je n’arrivais à me le remettre. Sans doute l’avais-je croisé ici même un autre soir. Il s’est avancé jusqu’au milieu de la pièce a jeté un regard incrédule autour de lui, sans s’arrêter sur moi plus longtemps que sur les autres et il est retourné s’adosser plus loin à l’angle d’un mur, près du comptoir. Son attitude venait de me laisser dubitatif, désappointé. Je tempérais ma déception, car l’endroit qu’il avait choisit, nous permettait de nous regarder sans que plus rien ne fasse obstacle entre nous et j’y voyais comme un signe. Il devait être un habitué des lieux car par moment un gars s’arrêtait, se penchait lui faisait la bise et ils échangeaient quelques mot ; ces garçons devaient avoir mon age et affichaient le même look que moi. Cela me rassurait. Puis à nouveau seul, il laissait son regard se promener autour de lui, puis le plantait dans le mien, mais toujours sans que je sache ni quoi penser, ni que faire.
Je commençais à me lasser de son attitude qui ne menait nulle part et qui me semblait de plus en plus n’être pour lui qu’un jeu et je profitais que son regard se soit à nouveau détourner de moi, pour en faire autant. A l’angle opposé de la pièce un client au type asiatique d’une quarantaine d’années, assis sur un tabouret, fixait le bout de ses pieds, le regard perdu. Il s’échappait de lui une tristesse infinie, un désoeuvrement total qui me faisait mal. J’avais envi de m’approcher de lui, de lui sourire et d’engager la conversation, quand je senti que quelqu’un s’approchait de moi et venait s’adosser à ma tablette, très près de moi, trop près à mon goût. Quel était ce gêneur ? Un dragueur sans doute ! Je jetais un coup d’œil sur le côté, m’attendant à rencontrer le visage d’un type qui ne me plairait pas.
C’était le jeune homme au sweat. Je me suis figé de la tête aux pieds, tétanisé à l’intérieur comme à l’extérieur, incapable du moindre geste. S’il venait de faire le premier pas –comme cela semblait évident- alors c’était à mon tour de faire le second. Mais je n’étais toujours sûr de rien et me posais trop de question pour sortir de ma réserve. Etait-il là pour moi, ou bien me faisait-il tellement envi que je lui attribuais des intentions qui n’était pas les siennes ? Les mots de Christophe (le garçon aux cheveux longs), me revenaient en tête, comme un avertissement, un rappel à l’ordre :

« Vous partez certes de faits réels, mais l'interprétation et la signification que vous leur attribuez sont totalement inadaptées voire délirantes (particulièrement concernant mon comportement et mes pensées !). »
Etais-je à nouveau entrain de me fourvoyer, de prendre en quelques sortes mes rêves pour des réalités ?

Je crois au fond que le souvenir de cette invective m’arrangeait. Je ne sais pas aborder un garçon et quand celui-ci me plait autant que ce petit mec me plaisait, je devient carrément autiste. Cela faisait trop longtemps que j’attendais, lui ou un autre, et m’étais posé déjà trop de question depuis que j’avais croisé le regard de ce garçon pour que je puisse encore prononcer le moindre mot. Rien ne me venait à l’esprit, pas le début de la moindre phrase.  Je ne sais pas, comme d’autres le font si bien, parler pour ne rien dire et faire la minaude. Je n’aime pas séduire et la parade ne m’amuse plus. J’étais là, la tête vide, dans un état de profonde impuissance, m’attendant à chaque seconde à ce qu’il reparte et envisageant même un repli vers la sortie afin de sauver la face, quant j’ai senti qu’il tournait la tête vers moi.

- Salut, moi c’est Cédric, et toi ?
- Heu… Patrick, salut !

Ainsi c’était donc si simple et ce jeune mec, qui n’était sans doute pas né quand j’avais dix huit ans, venait de me le montrer, de me faire la leçon, en m’abordant sans manière, sans frivolité ni arrogance, mais avec une simplicité, et des mots tellement évidents que je me sentais tout à coup infiniment stupide de ne pas y avoir pensé tout seul. Que se passe-t-il dans le tréfonds de moi-même, pour que mon cœur suive ces méandres qui me tiennent toujours à bonne distance de l’autre et relève le pont-levis à chaque fois que celui qui me plait fait un pas vers moi ?

 

Par Patinter - Publié dans : Carnet - Communauté : Homo sensualité ..
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Le garçon aux cheveux longs

 

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